Photos envoyées par PEDRENO Louis

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1)Voilà qui confirme que l’ordre a bien été donné à la DBFM de donner l’assaut final, mais par QUI ???

Témoignage du matelot d’équipage de réserve, GRIMAUX Michel matricule 8129 T 52 du 2ème bataillon de la DBFM

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                                 Marnia, Nédroma 09 1956



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La photo (1952)

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17 12 2007 ,

Jean-Claude Balisson, à mon tour de te saluer, suite à notre conversation téléphonique de l’autre jour je vais essayer de faire un effort de mémoire en me reportant 51 ans en arrière ! un rien, mais l’important n’est-il pas d’être là, ce qui suit hélas ne me contredira pas.

D’abord une petite info sur ma personne : à savoir que (comme tous les retraités) je suis assez pris par diverses occupations : Président adjoint et secrétaire général d’un grand club sportif de plongée sous-marine ( 250 licenciés), autrement dit deux casquettes et bien entendu aucune paye.

J’ai ce Week- end effectué quelques recherches dans mes archives afin de pouvoir y joindre documents et photos.

Comment commencer ? comme je pense te l’avoir dit par téléphone, il est bien évident que c’est bien plus simple en paroles qu’à écrire ! Allez, j’y vais, la préface étant faite.

Comme certains veulent être pompiers ou aviateurs, à l’âge de 5 ans je voulais déjà devenir marin ; 18 ans à peine et pour ne pas me retrouver dans la biffe j’ai décidé d’être EVDA (‘ engagé volontaire par devancement d’appel) et être sûr de porter le pompon rouge qui, à l’époque était un porte bonheur à toutes les filles qui voulaient bien le toucher, ce qui arrivait encore à Brest mais plus à Toulon. Si tu connais, nous nous retrouvions plutôt au « Papillon » ou « Maritima bar », célèbres bordels du quartier « Chicago » où les patrouilles faisaient souvent leur apparition, ne serait-ce que pour séparer des antagonistes plus ou moins éméchés d’une mauvaise bière.

Avant d’en arriver là, j’ai bien entendu, comme tout bon mataf de l’époque passé 2 ou 3 mois de vacances à Hourtin, il faut savoir qu’à l’époque j’avais mes CAP d’aide comptable, sténo-dactylo et employé de bureau, je le précise car bien sûr à l’époque un garçon qui savais faire tout cela était une denrée rare ; Aussi ma destination ( d’après eux) était toute tracée, rapports sur rapports à longueur de journée, notes de service, états des effectifs, habillement en surplus ou manquants… bref, rien que du passionnant pour un gars qui rêvait de faire le tour du monde ! Mais voilà , vu mon refus, que faire de cet énergumène qui, non seulement ne ferait jamais de garde, ni de corvées diverses, mangerait comme les officiers (c’est-à-dire bon et beaucoup trop), irait pratiquement tous les soirs chez lui ! il a fallu me trouver ce à quoi je pourrais être bon ou du moins pas trop mauvais en dehors de griffonner ou de taper sur une bonne Underwood, Remington ou Olivetti, modèle 1920 modifié1950….Hé ! bien c’est là que j’ai fait la découvert de ma vie ( qui aura d’ailleurs plus tard de fâcheuses circonstances), oui, j’étais moins couillon que je craignais, car après de nombreux tests, voilà que ces derniers ont révélé trois choses qui étaient pour moi absolument inconnues, à savoir : Transfiliste, torpilleur et détection sous-marine ; Je n’ai pas hésité longtemps , j’ai choisi cette dernière option, d’autant plus que j’étais attiré par le monde sous-marin et que la ,plongée sous-marine en scaphandre en était à son balbutiement. Hasard des choses, j’ai appris des années après que le pacha en second du rafiot à quai (Francis-Garnier), à côté du mien (GustaveZédé) n’était autre que Jacques-Yves Cousteau, quatre galons à l’époque.

Et moi, pauvre matelot de 1ère classe me voilà embarqué sur deux vieilles bailles à quai depuis 1945 : le » Suffren » et l »Emile Bertin » qui avaient eu leur heure de gloire et sur lesquels j’ai suivi les cours de détection sous-marine pendant trois mois. Nous étions une trentaine à suivre ce cours (dont j’ai encore les cahiers de notes) et j’en suis sorti 6ème, ce qui au fond n’est pas si mal pour un pauvre bureaucrate. Les unités d’embarquement étaient choisies par ordre de classement et bien sûr selon le désir de chacun . Les 5 DE (destroyers d’escorte) étaient choisis en premier, j’ai donc pris le 6ème qui était le bateau amiral le « tatave », en l’occurrence le « GustaveZédé », ex bateau allemand où tout d’ailleurs était écrit en teuton, spécialiste en écoute marine (l’asdic) et plusieurs stages à bord de sous-marins prêtés ou donnés à la France par nos amis anglais, les 4 S : la Sultane, le Saphir, la Sirène et la Sybille, cette dernière qui a coulé corps et biens au large de Toulon ( aux salins) et dont on n’a jamais rien retrouvé. Plusieurs souvenirs se rattachent là encore à ma mémoire… Mais ce n’est pas le sujet du jour, j’ai voulu me situer en fonction de la situation future, car après de nombreux mois sur le « Gustave Zédé », je suis revenu à la vie civile,et me suis marié en Juin 1955 . Après 10 mois de mariage, la marine ne pouvant pas se passer de moi, j’ai été comme tant d’autres rappelé et vu ma bonne santé, affecté à la DBFM.

Expédié d’abord à Brest avec des promesses de promotion, loin de ton boulot, de la famille, des parents, quelques fois des enfants,ton bled, tes potes, en bref tout ce qui était ta vie, pour aller se faire casser la gueule dans un conflit qui était loin de nos préoccupations , peu d’ente-nous étaient chauds ! Algérie française, slogan à la mode, du moins pour certains, à condition que ce soit le voisin qui parte, mais pas ton fils, ton frère ou ton mari….

Réflexion personnelle qui n’engage que moi, mais je suis sûr de sa réalité, l’avenir m’a donné d’ailleurs raison….

Je vais faire une pause car emporté par ma verve je commence par être un peu fatigué. Où est le temps où je crapahutais ? Mais je le dis et le redis, beaucoup voudraient pouvoir le raconter, hélas ils ne sont plus là . J’ai retrouvé de nombreux documents et tacherais d’en joindre à mon « journal » ; Je suis un débutant en informatique et essuie les plâtres parfois, de ce fait je te demande un peu d’indulgence pour mes éventuelles fautes et oublis. C’est en forgeant qu’on devient forgeron ?

Je reprends, donc ces « Messieurs » de la 4ème république, pour ne pas les citer : Guy Mollet, Mendès-France, François Mitterrand, Robert Lacoste, etc…et bien d’autres « célébrités » du moment ont décidé que cette réserve que constitue les RDSF ( renvoyé dans son foyer) serait bien utile pour la  « pacification » en Algérie, département français d’outre-mer chèrement payé au siècle précédent avec des exactions obligatoires lors d’une annexion par la force, d’un territoire , d’autant que quelques « énervés isolés » appelés fellaghas s ‘étaient mis dans leurs têtes de bouter le roumi.

Alors, pourquoi, dans le confort, la fraîcheur de l’hémicycle de l’assemblée nationale se priver de pondre une loi qui permettrait de rappeler les biffins, les rampants, les matafs qui ne pourraient à leurs dires que prêter main forte à l’armée de métier en place ? ce qui fut dit, fut fait et voté….

J’ai donc pris le train pour Brest et direction Toulon, la marine et la SNCF avaient des accords bizarres, le trajet dura deux jours pour traverser la France, le signal d’alarme étant perpétuellement tiré… Arrivés à Marseille nous avons embarqué sur le « Djene », destination Oran. Après avoir eu un sourire hypocrite de quelques gradés, un bol de lait froid servi par des infirmières qui s’en foutaient complètement, nous avons cherché à nous caser dans les coursives, le pont, les recoins propices , une traversée difficile pour certains, les affres du mal de mer dans de nombreux cas avec tout cela que ça comporte et que je détaillerai pas ici. J’ai pour ma part eu la chance de ne point connaître ce mal, grâce à des années de navigation, aussi bien en surface que sous. Cela malgré tout ne veut rien dire, je me rappelle que sur la passerelle du « Gustave Zédé », l’amiral lui-même m’a demandé de m’éloigner de lui pour fumer car malgré ses 40 ans de navigation il avait toujours des nausées.

Après cette traversée agitée, débarquement à Oran, transbordement immédiat dans les GMC ou 4/4, direction Nemours puis un petit bled nommé Béraoun constitué par des mechtas que nous avions investies. De là de nombreuses opérations diverses, embuscades, etc…étaient programmées… heureusement souvent inutiles, mais décidées après quelques aveux plus ou moins forcés, de la part de pauvres fellahs…. Mais pas toujours….

Ce qui fut le cas ce jour du 29 08 1956… Partis au petit matin( un Mercredi je crois) pour une opération dite habituelle et après avoir crapahuté pendant 3 ou 4 heures sous un cagnard de plus en plus brûlant, tout à coup, ne sachant pas très d’où cela provenait, nous avons été « arrosés », les balles sifflaient de toutes parts et aussitôt bien sûr tout le monde à plat ventre, moi le premier ayant le « privilège » d’être voltigeur de pointe. Quel avantage ! caché derrière un buisson, je voyais environ à 60 mètres de moi des silhouettes d’hommes armés de fusils, de PM, de FM, je tirais bien sûr sur ces ombres quand soudain un camarade à moi, de ma section qui avait fait l’Indochine, quartier-maître chef à l’époque me voyant tirer, me pousse sur ma gauche, prend donc ma place et à l’instant même reçoit en pleine poitrine une rafale de PM ou de FM , s’écroule dans mes bras en hurlant « MAMAN ». J’ai encore ce cri dans mes oreilles 50 ans après…Pauvre Inizan ! tu m’as sauvé la vie ce jour- là, au prix de la tienne. D’autres copains sont tombés à proximité, j’ai pour ma part entendu les balles autour de moi, mais ce sont celles que tu n’entends pas qui sont les plus meurtrières. Je n’ai même pas été blessé, mais un tremblement nerveux incontrôlable m’a pris rétrospectivement. J’ai connu ce jour -là, sans aucune honte à l’avouer, la peur de ma vie… du moins la première….

Baraka ou Scoumoune, la vie ne tient qu’à une de ces appellations.

C’est la première fois de ma vie que j’évoque ce récit, et sur ta demande, même ma famille proche n’en connaît pas le dixième. Beaucoup d’autres ont connu des situations identiques, ils se taisent, laissant aux autres, en général ceux qui sont restés plus ou moins planqués, le soin de raconter avec plus ou moins d’enjolivures, les exploits qui souvent ont été l’apanage du voisin.

Il a donc fallu décrocher de ce djebel Zakri , celui-ci étant en espalier, laissant pour l’instant du moins les corps de nos pauvres camarades décédés . Je remontais butte après butte les escaliers, 1,50 mètres de hauteur, toujours arrosé et cerné de balles meurtrières à chaque mouvement de ma part afin de grimper à l’étage supérieur ; 5 ou 6 espaliers pour enfin rejoindre ma section qui était restée en haut. OUF ! Nous avons donc décroché, poursuivis par une bande de fellouzes, des vrais ceux-là, crois-moi, nous tirant comme des lapins, puis abandonnant enfin leur poursuite lorsque nous avons rejoint quelques tanks légers en nous abritant derrière. Malgré tout quelques balles encore ricochaient sur l’armature et allaient se perdre au petit bonheur la chance ou malchance. L’aviation mitraillait au risque de nous atteindre, ce qui d’ailleurs est déjà arrivé.

Est-ce vraiment ce qu’on appelle la PACIFICATION, je crois faire un récit d’une autre guerre, genre 14-18, les fantassins derrière les tanks…..

Le lendemain quelques volontaires dont je faisais partie, car pour une raison inconnue j’arrivais à me désigner moi-même car j’étais toujours « volontaire désigné d’office » sont allés récupérer les corps de nos pauvres camarades. Avant de les récupérer dans des sortes de housses nous les repoussions de loin avec de longues perches car certains pendant la nuit avaient été déplacés afin d’installer sous eux un engin artisanal qui explosait dès qu’on touchait au corps. Souvenirs…. Souvenirs…..

Qu raconter d’autre ? Opérations multiples, fouilles de villages , fatmas et gosses apeurés réunis au centre de celui-ci, hommes absents bien sûr, pris entre deux feux, d’un côté les fellaghas qui les rançonnaient la nuit et le jour nos troupes pas toujours « délicates ».

Bref, quelques mois plus que difficiles, nous avons vu du pays diront certains, pauvres C…

Pauvre Inizan, je pense souvent à lui, et le soir particulièrement où il a fallu récupérer ses affaires personnelles avec sa plaque matricule et envoyer le tout à sa propre maman.

Enfin tu connais ce dont je parle, cela m’a valu en plus de la commémorative, une citation à l’ordre da la nation, une croix de la valeur militaire avec palme et étoile de bronze pour les faits accomplis ce jour là. Je ne tire pas une gloire de tout cela, je n’en parle à personne, reste honnête avec moi-même, car ce jour là j’étais loin d’être fier.

Je souhaite t’avoir donné satisfaction et reste à ta disposition,

Cordialement,

Que la paix demeure et INCH’ALLAH


 

Témoignage de Monsieur Pittoni Jean (Témoignage téléphonique, en italique, mes commentaires)

Né en 1933, classe 1954, effectue son service militaire dans la marine, 18 mois (1954-1955).

Démobilisé dans l’année 1955, il se marie. Il est rappelé en 1956 pour rejoindre la DBFM en Algérie, son épouse est enceinte de trois mois.

Ils sont donc plusieurs milliers à rejoindre Brest, tous rappelés, tous réfractaires, cette guerre ne les concerne pas, d’ailleurs tout le peuple français est contre, les idées sur l’impérialisme sont savamment distribuées, la leçon est bien apprise, ils vont là-bas pour défendre les intérêts des colons, des gros colons, au péril de leur vie, abandonnant leurs épouses, leurs enfants, leurs parents, leur travail ; comme je les comprends ; Pauvre France, en 1936 elle ne veut pas faire la guerre aux teutons, 20 ans après, la quatrième république fait la guerre aux ratons ( c’est pour la rime).

De Brest, ils rallient Marseille, la colère monte, enfle et se déverse dans chaque gare traversée où tout est saccagé ; Le Mans, tout le monde descend du train, une manif s’organise, les bidasses s’allongent sur les rails. Les gardes mobiles interviennent, les wagons resteront fermés jusqu’à Marseille. Ensuite ils seront dirigés Manu-militari vers le bateau qui les emmènera vers la mort.

Permettez-moi de faire un parallèle :

- Brest – Marseille, un train, des gardes mobiles, des CRS, la matraque ( 1956)

- Le Vel-d’Hiv – Ravensbruck , un train, des gendarmes, la milice, la matraque.(1942)

Seulement 14 années séparent ces deux évènements, il est bien vrai qu’en 1942 un certain F M collaborait avec Pétain et qu’en 1956 ce même F M était garde des sceaux , mettant en application le décret loi donnant les pleins pouvoirs à l’armée.

Le centre Siroco, sanctuaire des fusiliers marins, les accueillera pendant quelques semaines pour leur donner quelques rudiments sur l’art et la manière d’utiliser l’arme et le goupillon, c’est -à- dire de tuer et de pacifier en même temps.

Le miracle aura-t-il lieu ? Oui, dans le sens où cet ensemble indiscipliné, révolté va se transformer en une troupe, je ne dirai pas d’élite, qui aura un comportement plus qu’honorable au sein des unités présentes sur le terrain.

Et c’est véritablement un miracle que d’avoir pu forger un esprit de corps avec ces hommes qui n’étaient pas formés, mais surtout qui ne désiraient pas faire la guerre, cette guerre.

Ils étaient donc loin d’être des guerriers et ils allaient se mesurer à d’autres hommes convaincus de leur bon droit, déterminés à mener une lutte sans merci aux envahisseurs, à se libérer du joug de l’oppresseur, à fonder un pays libre . La plupart de ces HLL ( Hors la loi) comme on les appelle éprouvent une haine séculaire féroce envers le pied noir qui les a exploités et les français en général dont la culture et la religion sont diamétralement opposés.

Imaginez ce simple « Fellah » ( paysan) transformé en Fellagha, animé de cette ardeur combative, d’un idéal, d’une haine farouche, d’une foi inébranlable, d’un fanatisme exacerbé……face à un rappelé métropolitain……

En plus de ces atouts majeurs, ils ont bénéficié très souvent d’un encadrement issu des unités françaises, (essentiellement sous-officiers) qui ont combattu sur tous les théâtres d’opérations : 39-40, la France libre,l’Indochine, leurs décorations attestent que ce furent de valeureux soldats.

Il est remarquable de constater que les témoignages des rescapés ( 50 ans après) sont nets et précis, c’est dire que la nature de cet événement a dû les marquer à vie.

Il faut souligner qu’ils ne cherchent pas à savoir si l’opération aurait pu être menée d’une autre manière, à connaître et découvrir les responsables de ce massacre diligenté par des officiers en mal d’avancement.

Cela vaut une explication : si à leur départ en Algérie ces appelés et rappelés ont rué dans les brancards, la mayonnaise est vite retombée, pourquoi ?

- parce que, transplantés sur un autre continent avec comme rempart la Méditerranée , loin des leurs, de la métropole, là où ils pouvaient encore espérer un soutien, ils seront isolés.

- Parce qu’incorporés dans une unité combattante terrestre alors que la quasi totalité souhaitait aller dans la marine ou y revenir pour naviguer et non pour être fantassin, ils seront désemparés.

- Parce que conditionnés par la machine militaire qui sait donner à l’être humain un esprit de corps et souvent sublimer l’instinct guerrier qui sommeille en lui, ils seront leurrés.

- Mais bien que « parachutés » à Béraoun, El Aroussa, Azzouna, etc…des endroits hostiles, déserts, en plein djebel, sous une chaleur écrasante,sans eau, sans toit et où il a fallu tout construire, ils sauront relever la tête.

Pour ne pas succomber moralement, il leur sera nécessaire de se protéger en se serrant les coudes, en formant un bloc homogène, réagir en homme. L’armée a globalement réussi tablant sur le fait que même si ces hommes n’étaient ni des guerriers nés, ni des volontaires, toute fierté n’avait pas disparu.

Basés dans le même secteur d’influence, nous n’avons guère connu ces hommes, des marins comme nous, et pourtant nous allions souvent dans ces postes perdus dans la montagne, quelques hommes, un groupe, une section selon la mission : embuscades, renseignement, sentinelle, sabotage ou autres « manifestations » non inscrites dans le manuel du parfait militaire et proscrites par la convention de Genève, déguisés en biffins ou en HLL, le visage peinturluré à la mode Iroquois ou Mohicans, mais en moins voyant.

Nous arrivions tard le soir, vers 20 heures, généralement il nous était défendu de parler et de communiquer avec nos frère d’armes et repartions la nuit noire, tels des fantômes.

La réussite de ces entreprises était subordonnée à la discrétion, secret sur l’unité, le mouvement, la destination, le nombre, l’objectif, nul ne devait savoir, tous devaient ignorer que les commandos marine se « promenaient » dans le coin.

Témoignage du Second-Maître BRANCHE

 Résistant à la dernière guerre, 2ème DB avec Leclerc, les commandos marine en Indochine, commando Jaubert en Algérie ce 29 08 1956 à la première section.

Un jeune officier de Jaubert lui demande : mais pourquoi nous ne donnerions pas l’assaut ( il fallait descendre dans un ravin pour ensuite monter à l’assaut du piton), ce à quoi Branche lui rétorque : allez-y, moi je reste ici, s’il doit en rester un pour raconter je serai celui-là. Il n’y a qu’une seule possibilité pour réduire la casse, celle de nous faire héliporter sur le piton au milieu des fells.
Ce qui n’a pas été fait, malheureusement. C’est vous dire qu’aux yeux de ce « vétéran » la solution retenue par le commandement de la DBFM n’était pas la meilleure, loin s’en faut.




Témoignage de VIARDOT Philippe,  33 ème Cie de la D B F M


Récit du 29 08 1956 tel que relaté dans une sorte de « journal » tenu au moment des faits.
Je pense et je suis certain qu’il y a eu méprise : ceux de la 32 ème compagnie pensaient relever des « biffins », ils ne se méfiaient pas et ont été cueillis de plein fouet. Les rappelés de la 33 ème les ont relevés et sont arrivés au sommet du Zakri après bombardement et utilisation de napalm par l’aéronavale ( un Morane rejoignant Nemours après avoir été touché). Voici quelques noms de camarades ayant été les premiers à atteindre le Zakri ( il était environ 13 heures). Quelques noms de la
33 ème :
BAILLY, CS – BLANCHOT – BOUTON, S/M ( commandait une section) – BOYER , E/V -  CHABUT Jacques – COLLARD Pierre ( originaire de St Etienne ) – DAGUET – DERENNE Michel – DE SOUZA – DOLISI Bernard – DUMONT André – DUPONT, CS – FINIDORI – LEDERMANN – LE  LOHE Paul – PASSERON – QUINZAT Georges – SARKISSIAN Jean – TURMEAU Marcel, CS – VIARDOT Philippe, Mle 7462 T 52 ) WARO Jean-Baptiste.

Le 29 Août : matinée :

Le 29 08 1956, à quatre heures du matin, nous sommes réveillés pour partir en opération. Ce n’est pas la première fois et la veille nous avions touché des vivres pour 24 heures, ce qui n’était pas pour nous étonner.
Nous partions en camions sur la route de Marnia. C’est toujours sur la route de Marnia que nous partons en opération, c’est toujours Nédromah que les fellagas choisissent pour rejoindre l’algérois après s’être entraînés au Maroc. Les ponts, les poteaux télégraphiques, les voies de chemin de fer, les puits ou les pompes à eau sautent très fréquemment dans cette région. Je me souviens, il y a trois semaines peut-être, avoir été de corvée d’eau, d’escorte de convoi plus précisément. La frontière après les incidents d’Oujda est fermée aux militaires et Martimprey n’est plus un centre de ravitaillement. Nous roulions donc sur une piste pour arriver dans une ferme qui se nomme : « le clos St Jean ». Une compagnie de sénégalais garde les bâtiments de l’exploitation qui n’exploite plus rien. 24 hectares de vigne étaient déjà saccagés. A l’automne prochain il n’y aurait plus rien, en tout cas le gérant partirait et ne continuerait pas à travailler. Nous arrivons dans la matinée et on nous dit : «  ils ont fait sauter le puits hier soir « . Plus loin sur la route un pont est affaissé et le prochain poste militaire nous apprend : « Ah ! ça c’est avant hier, ils ont manqué leur coup, ils sont là … ».
Revenons à nos moutons, les camions roulent sur la piste, elle est coupée de tranchées larges, profondes et bien régulières. Nous irons prendre positions à pied.
A chaque opération nous touchons un foulard de couleur, cette fois-ci il est rouge vif et ce ne sera pas toujours parfait.
Le capitaine fait toujours sourire et même disons-le, rire franchement en se trompant une nouvelle fois de direction. Nous sommes tellement habitués à le voir désorienté que nous parions : il se trompera au bout d’un quart d’heure, d’une demi-heure, d’une heure…Il ne lui a pas fallu 5 minutes ! Il n’y a encore rien de tragique et nous pouvons plaisanter, mais il faudra faire les comptes un jour, c’est trop grave .

- Bon, alors vous rejoignez les fantassins du 301 ème. Ils sont là-haut sur le piton . Oui, ce vert et rocheux  là-bas. D’ailleurs, vous les voyez, à droite il y en a trois, vous les apercevez bien ? Oui, bon. Arrivés là-haut, vous attendrez mes ordres pour occuper de nouvelles positions. Restez en liaison normale. A bientôt Albert.
- Ce piton dis donc, il n’est pas le plus petit. Il se démerde toujours bien notre pitaine, il nous refile toujours les meilleurs. Enfin, là-haut on verra clair. On aura droit à sa petite suée…
Le fusil sur l’épaule, le chapeau en arrière, on monte, mais le terrain ne se prête pas à une marche régulière.

- Alors t’avances mon pote ?
- J’aime mieux quand même Montmartre
- Le Mont Blanc ? de la rigolade.
- Un bock bien glacé à la terrasse d’un troquet sur les grands boulevards …
    On remet le fusil à l’épaule. Suivant le terrain, des groupes se forment. Une légère déclivité et c’est une réunion, une pente sévère et c’est l’éparpillement ;

- Bientôt on sera là-haut.
- On aura bien un petit repas.
- Qu’est-ce qu’il te reste dans ta gourde ?
- Courage p’tit père, il ne reste plus que cinquante mètres.

Vingt mètres maintenant.
Fusillade. BROOM. Tout le monde ne se couche pas de lui-même, mais déjà quelques uns sont morts :

- Et faites pas les cons les gars, c’est nous la marine…
- Eh ! Bande de cons ! Qu’est-ce qu’ils sont cons !
- Tu parles…
Fusillade. Broom. Tout le monde se cache. Ceux qui sont morts ou blessés sont à terre aussi.
Sur un rocher surplombant les arrivants un fellagha se dresse :
- Rendez-vous !
- Va te faire foutre !
Fusillade. Broom. Le fallagha, un chef sans doute, meurt heureux.
On entend un cri :
- Repliez-vous !
A chaque bond en arrière, un français rappelé tombe tué net.
Les français en position tout autour de ce piton maudit, le djebel Zakri, tiraient à qui mieux mieux  sur ces taches vertes qui allaient, se déplaçant.

Huit tués par erreur. Huit morts physiquement mutilés si l’on peut dire. Erreur palpable. Quelque chose de concret, très concret. Tous les morts sont mutilés.

J’ai vu en début de matinée un rescapé de cet enfer de quelques secondes . Il venait  de parcourir une dizaine de kilomètres entre deux feux. Son chapeau de brousse était troué d’une balle ; On remarquait une trace noire due à la poudre, indiquant la proximité du tir ; Outre la fatigue physique, ,il tremblait de tous ses membres. Il était extraordinairement pâle, ses yeux révulsés étaient rouge, eux, il parlait en hoquets :
- Quinze kilomètres… Des tués…Massini à côté de moi… On croyait à des biffins…Il nous disait : «  Allez-y » … Quel salaud…Albert aussi… Des jumelles… Les bras pleins de sang… Evanoui …Je lui ai fait un garrot. Puis on s’est sauvé.

Les blessés français furent achevés par les fellaghas.
Les blessés fellaghas furent achevés par les français.

Le piton était pris depuis un bon quart d’heure, il n’y avait plus de fusillade. Quel soulagement. Puis deux coups de feu à proximité. Daguet achevait un semblant de cadavre qui avait paru bouger.

Le garrot, je l’ai revu sur le copain mort. Garrot, bout de chiffon inutile.

Philippe VIARDOT
Auteur du livre «  Bab El Assa- la porte de l’enfer » - Edition : Bénévent.


Merci pour ton témoignage.

Témoignage d'André MAUREL 3 ème Bataillon, 34 ème Compagnie, 4 ème section, poste de Sebabna

Si vous désirez contacter André MAUREL, voici son adresse:  saraou@oranfe.fr

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Algérie, Juin 1956, en tenue de combat, Dante et moi apprenons notre nouveau métier de "Shako" à l'école des fusiliers-marins de Siroco à 35 Km d'Alger

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Siroco, 16 07 1956, mon sac de marin et celui de "Shako", mon casque, ma gourde et mon fusil sont prêts, dans quelques minutes nous embarquons sur la "Laïta" qu'on aperçoit au fond, elle nous emmènera vers les djebels de la frontière marocaine. La "Laïta" quitte le quai.

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18 07 1956, le convoi de la 34ème compagnie sur la piste de Sébabna, les collines tout au fond sont au Maroc, devant: jeep Delahaye "VLR" (véhicule léger de reconnaissance).

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Le camp de Sébabna où était logée notre 34ème compagnie, entre le V des collines en direction de la France on pouvait voir un coin de mer. À gauche la tente infirmerie avec son "Dodge" et à gauche en haut le terre-plein hélicoptère.

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De G à D: Q/M VINCENT, FRIQUET, MAUREL, KOHL, CORNEC -  En regardant vers l'Est: le camp vu du piton

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Les quatre sbires de notre" carrée", de G à D: KOHL le niçois, FRIQUET DE Nancy, CORNEC le parisien et MAUREL

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Au premier rang de G à D, têtes nues, le capitaine Aymar Achille-Fould et l'Amiral Ponchardier, tous deux se voulaient proches de leurs hommes.

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René Sarotto

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Citation

Citation à l'ordre de la division du Q/M Maurel

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Photo de gauche: à gauche : Colombani l'ajaccien, avec le chat: Alfiéri de Marseille, Baptiste Novella à la guitare et Maurel aux bongos sont toulonnais. Nous sommes devant la porte de notre "carrée" côté Est

Photo de droite: Sébabna, Juillet 1956, sous les caroubiers, les provençaux préparent une anchoïade, le barbu :Martinetti le bastiais, assis: Maurel et derrière: Novella

Spectacle

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Epilogue: retour à la vie civile: André MAUREL et sa fiancée Anny