Aujourd’hui je cherche à comprendre, quand on est militaire, dans le bas de l’échelle : « chercher à comprendre c’est commencer à désobéir »

Un jour j’ai osé dire , commandant : j’estime que…. Je ne suis pas allé plus loin pour m’entendre rétorquer : Balisson vous n’avez pas le droit d’estimer……

Aujourd’hui j’estime que celui ou ceux qui ont donné l’ordre d’attaquer cette bande de HLL par la DBFM ont failli à leur devoir.

Qui a pu donner cet ordre ? ? ?

Attaquer de front le 29 08 1956, une katiba fells sur le Djebel Zakri par des appelés du contingent de la D B F M ( demie brigade des fusiliers marins ).

Le Djebel Zakri ( côte 725) se situe à une vingtaine de kilomètres de Nédroma, un secteur particulièrement difficile géographiquement et une zone de grande tension.

Etaient présents sur ce théâtre d’opération :

- La 5 ème DB ( Colonel Simon de Carmejane-Pierredon)

- La DBFM ( CF Joybert et CF Frain de la Gaulayrie ( 32 ème et 33 ème compagnie)

- Le 1 er escadron du 2 ème régiment de spahis algériens ( RSA)

- Une compagnie du 254 ème bataillon d’infanterie ( BI)

- Le commando Jaubert

- Un Morane 500

- Huit hélicos S 55 et un Bell

- Le II/24 ème régiment d’artillerie ( RA)

( renseignements pris sur « LE  LIEN » magazine des fusiliers marins et commandos.)

Et je rajoute pour les avoir vus : l’aviation avec : les T6 et Mistrals

Comme c’est curieux ! le QM 2 Balisson Jean-Claude, matricule 8137 T 54 de la 2 ème section du commando Jaubert se trouvait à 400 mètres du lieu de l’accrochage en compagnie de la légion étrangère, attendant sagement le moment propice, ou pas, l’ordre de monter à l’assaut.

Mais pourquoi la légion étrangère n’est-elle pas citée ?

A l’heure à laquelle nous sommes partis en hélicos de Nemours ( vers 8 heures du matin) pour arriver vers 8h 40 ( LE LIEN) sur les lieux du crime, il est tout à fait possible que la distillation de la Pils ingurgitée la veille accompagnée de l’anisette et du gros qui tache de la région de Martimpré ne se soit pas entièrement dissipée, mais de là à confondre un képi blanc avec un casque lourd, une chéchia ou un couvre-chef de la biffe il y a un gouffre que je ne saurais franchir.

Toujours est-il que nous étions les seuls professionnels présents, la légion et Jaubert, c’était notre mission, notre combat.

Qui nous en a frustré ?

Qui en sont les protagonistes ?

La légion étrangère est le corps d’élite par excellence de l’armée française, son «  rouleau compresseur », que des engagés volontaires formés spécialement pour faire la guerre.

Les commandos marine sont également un corps d’élite de l’armée française, « la formule un », que des engagés volontaires formés spécialement pour faire la guerre.

Pourquoi ne pas les avoir utilisés ?

Si j’en crois une citation à l’ordre de l’armée – décision N° 4 – BOMR N° 8 du 21 03 1957, il y a tout lieu de penser que ce récipiendaire n’était autre que le général de brigade ( à l’époque colonel, commandant provisoire de la 5ème DB), Simon de Carmejane- Pierredon.

- Citation à l’ordre de la division- 1926

- Citation à l’ordre du corps d’armée – 1926

- Croix de guerre 39-45

- Croix de guerre des TOE

- Croix de la valeur militaire

- Croix du combattant

- Médaille coloniale Maroc-Indochine

- Médaille commémorative Grand Liban

- Médaille commémorative Syrie-Cilicie

- Médaille commémorative 39-45

- Médaille commémorative Indochine

- Médaille commémorative du maintien de l’ordre AFN

- Officier du mérite agricole

- Citation à l’ordre du corps d’armée –1929

- Citation à l’ordre de l’armée –1932

- Chevalier de la légion d’honneur – 1932

- Citation à l’ordre de la division – 1941

- Citation à l’ordre du corps d’armée – 1941

- Officier de la légion d’honneur – 1944, ( comme quoi !!!)

- Citation à l’ordre de l’armée, N° 148

- Citation à l’ordre de l’armée –1945

- Commandeur de la légion d’honneur - 1951

- Citation à l’ordre de l’armée – 1952

- Citation à l’ordre de l’armée – 1953

- Citation à l’ordre de l’armée – 1957 – Djebel Zakri ??????

- Grand officier de la légion d’honneur – 1958 ( CQFD)

Concernant la citation à l’ordre de l’armée- 1957 ( Djebel Zakri) je cite :

1956- Juillet – prend provisoirement le commandement de la 5ème DB et du secteur Nord de la zone opérationnelle de l’Ouest-Oranais jusqu’en Février 1957. Repasse commandant en second à l’arrivée d’un général affecté au commandement de la 5ème DB.

Citation : Commandant le secteur Nord de la zone opérationnelle de Tlemcen depuis 5 mois a confirmé une fois encore ses exceptionnelles qualités de chef de guerre. Particulièrement énergique, manœuvrier de grande classe, a obtenu dans un terrain difficile, des succès très importants face à des bandes rebelles nombreuses et aguerries. A commandé personnellement plusieurs opérations et en particulier celle du Djebel Zakri le 29 08 1956 qui a abouti à la destruction totale d’une bande très importante dotée d’un armement moderne. A parallèlement mené dans d’excellentes conditions un très gros travail de pacification.

Je cite «  Le LIEN »  Les pertes amies : 3 officiers, 3 officiers mariniers, 10 quartiers-maîtres et matelots ainsi qu’une dizaine de blessés…. Pénible impression d’avoir payé très cher pour essuyer les plâtres si on peut dire… ( CC Servent)

Qu’a voulu dire le CC Servent ? que sous-entend le CC Servent ? Essuyer les plâtres ne signifierait-il pas en terme moins académique : connerie ?. Ce fut une monumentale erreur d’appréciation , les HLL étaient bien planqués sur une arête rocheuse, cachés et abrités derrière d’énormes blocs de roc, un fort Knox en quelque sorte et malgré un matraquage intensif de l’aviation ( T6,et les premiers avions à réaction) et un quadrillage de 155, la quasi totalité des HLL est restée indemne. Quand on écrit que ce fut un manoeuvrier de grande classe , j’en pisse de rire, en fait il faut savoir lire entre les lignes, ce qui donne en langage clair pour le pauvre glandu sur le terrain : un incompétent notoire.

Le CC Servent ne dit pas tout, il sait des choses qu’il ne peut pas dire, ces choses mêmes que je sais et que je peux dire, que je vais dire.

Revenons à la citation à l’ordre du corps d’armée N° 38 A , homologuée au JO le 5 décembre 1941 et accordée à notre « ami » Simon de Carmejane-Pierredon

« Chef de cavalerie qui a déjà donné sa mesure dans le passé. Esprit vif et clair, d’un courage calme et réfléchi. Recevant le 7 Juillet à 18 heures l’ordre de monter une contre-attaque blindée pour dégager des éléments encerclés dans le village de Damour, a rempli cette mission dans un minimum de temps, rétablissant ainsi une situation gravement compromise »

Cette citation a été obtenue en Syrie contre les troupes gaullistes et Anglaises, celles-là mêmes qui combattaient l’envahisseur honni, qui de par leur courage et leur abnégation redonnaient un espoir et rendaient l’honneur à la France et aux français.

Il a plus précisément affronté les australiens qui ont percé à Damour, 30 000 soldats français vichystes ont combattu les forces franco-britanniques, bilan de cette opération :

- 1066 tués et 5400 blessés du côté des forces du général Dentz

- 650 tués et blessés pour les FFL

- 4060 tués et blessés pour les britanniques

Les ralliements à la France libre sont maigres, 5500 hommes dont moins de la moitié sont métropolitains.

Il fut donné le choix aux troupes vichystes, vaincues par la détermination de nos FFL, d’opter pour un enrôlement dans ces forces libératrices ou d’être rapatrié en France.

Notre « ami » a donc choisi la seconde solution et a été affecté à la direction des services de l’armistice à Vichy… Ce fut donc un collabo ….

Je suis impressionné, pas vous ? par ce placard de médailles et l’on peut imaginer un instant que si les russes en 1942-1943 n’avaient pas fait le forcing notre énergumène aurait certainement réussi à être décoré de la croix de fer. Et pourquoi n’a-t-il pas obtenu, tout comme un ex-président de la République française, la Francisque ?

Donc en admettant que notre ex- pétainiste ait eu à commander ce secteur, ce serait donc lui qui a donné l’ordre d’attaquer au Zakri, soit….

Mais qui avait-il avec lui ou en face de lui ? le pacha de la DBFM, Ponchardier (Pompon ou Ponch), figure emblématique de la marine, compagnon de la libération, résistant, commando SAS – B, première unité des troupes aéroportées à être présente sur le sol indochinois. JE CITE: PONCHARDIER en Indochine: "Une force de la nature, énorme, puissante, une force qui écrase, un regard d'acier, une volonté de fer. Sa devise: "J'amais vaincu", et c'est la vérité. Partout où le commando Para est passé, jamais une défaite, et surtout un minimum de perte, car le pacha avait cette préoccupation constante: "Ne pas construire sa réputation sur le sang des autres". Ô rage! Ô désespoir! Ô vieillesse ennemie!, dix ans après, il n'avait plus la même équipe de volontaires commandos parachutistes, il commandait des appelés et des rappelés, de bons pères de famille qui n'avaient pas demandé à venir combattre, ils n'étaient ni commandos, ni parachutistes et avaient suivi en tout et pour tout un mois d'entraînement avant d'être confrontés aux dures réalités de la guerre.

A mon humble avis ce Carmejane ne faisait pas le poids, d’un côté un guerrier, de l’autre un minable, et à grade égal je ne vous dis pas les tensions…

S’il faut reconnaître à Ponchardier une extraordinaire valeur de guerrier, il n’en reste pas moins qu’en l’occurrence, ce jour là il a commis une bévue, l’erreur fatale qui allait coûter la vie à 10 appelés du contingent, 3 officiers et 3 officiers mariniers.

On peut admettre également qu’il n’ait pas été totalement informé de la situation exacte, que le pacha du troisième bataillon de la DBFM, Frain de la Gaulayrie ait fait en sorte de minimiser l’importance du groupe de HLL, de croire que le matraquage avait anéanti une grande partie de la position et qu’un assaut de la DBFM serait synonyme d’avancement et de reconnaissance, c’est aussi cela l’armée de métier.

Mais ce ne sont que des suppositions, on connaît les décideurs sans pour autant déterminer qui est réellement à l’origine de ce massacre, la grande muette gardera son secret, on se bornera , tout comme « Le Lien » à maquiller l’histoire, la retracer dans les grandes lignes en occultant les faits réels, en transformant les incompétences des gradés, les inaptitudes des chefs en victoires éclatantes, bilan à l’appui……

Le Maréchal de l'air, Alan Brooke, observateur perspicace de la faiblesse humaine a écrit:  "Il est étonnant de voir à quel point les hommes peuvent être mesquins et petits dès lors que l'on aborde les questions de commandement" Juin 1944

Je cite, « Le Lien » : Le II/24 RA vient d’accrocher une bande de 40 à 50 hommes .

Plus loin à l’heure du bilan : 61 rebelles tués, 3 blessés graves emportés par leurs camarades, d’autres n’ont probablement pas été identifiés……

Combien étaient-ils en vérité ? C’est la même question que l’on se pose au sujet du 747 qui s’est écrasé sur le pentagone, on n’a pas retrouvé la trace d’un seul des quatre réacteurs de cet avion qui, pourtant mesuraient 3 mètres de diamètre chacun…..

J’ai évoqué précédemment le rôle de l’aviation avec l’intervention des T6 de la marine, superbe travail quant à la précision , pour ce qui concerne l’efficacité, elle a été quasi nulle considérant le relief du terrain. D’autres avions firent leur apparition, et ce, pour la première fois dans ce conflit, des avions à réaction ,aucune de leurs roquettes n’a atteint le but, on se planquait pour éviter les éclats……A défaut du laser totalement méconnu à l’époque, pourquoi ne pas avoir « déposé » un machin truc chouette au napalm, bien sûr les communistes de France et de Navarre se seraient insurgés, auraient transmis un compte-rendu au KGB, la France colonialiste au banc des accusés. Certes on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, moi je l’aime bien cuite…..

Et maintenant passons à l’action proprement dite : Tara,tara,tara ,tata, en avant, à l’assaut, sus aux rebelles, aux armes citoyens, pour le pays pour la patrie mourir bien loin c’est nous les africains…… C’est la pagaille complète, des morts, des blessés, la compagnie de la DBFM recule laissant sur le terrain deux fusils mitrailleurs, les HLL s’en emparent. Ce n’est pas dit, et puisque ce n’est pas dit c’est donc tu. Je ne vous dis pas la merda complète. Tout l’encadrement, officiers et officiers mariniers pour la plupart fusiliers et commandos, jeunes CS, restés seuls au contact se font dégommer comme à la foire.

Il faut un certain temps ( comme le fût du canon pour refroidir) pour réorganiser une nouvelle attaque, la leçon n’a pas servi, on envoie les mêmes et on recommence, il commence à se faire tard, , quelques escarmouches au crépuscule des dieux, la nuit tombe sur les dépouilles des belligérants, les fells en profitent pour se défiler et rompre l’encerclement.

Je cite « Le Lien » : Les fusiliers marins ont à cœur de faire payer à ceux d’en face la perte des copains ». Ca fait bien, 51 ans après d’écrire cette phrase, le pauvre clampin que l’on a arraché de sa campagne natale, en pleine saison des moissons, à qui l’on confie un FM pour aller rétablir l’ordre dans un pays qui n’est pas le sien, un pays hostile, huit millions d’autochtones qui n’ont pas la même religion, les pieds noirs qui, pour la plupart manifestent des intentions désobligeantes, voire agressives et qui, juste avant d’aller se faire tuer jette un regard désabusé, désespéré sur le commando Jaubert et les légionnaires , ces mercenaires, ces criminels, qui tapent une belote en attendant la fin des hostilités.

 Récit du Zakri vu par « Le Lien N° 59 »

Le 29 Août au matin… C’est sur l’ordre de la 5ème DB qu’une opération est lancée dans le but de nettoyer le douar Djelaba et neutraliser l’organisation politico-logistique. La DBFM aligne pour cette opération un groupement placé sous les ordres du CF Joybert. Participent également le 1er escadron du 2ème régiment de spahis algériens ( RSA), une compagnie du 254ème bataillon d’infanterie (BI) sous les ordres directs du commandant de l’opération et le commando Jaubert.

La mission : capturer le chef de l’organisation rebelle.

L’ appui aérien est assuré par un Morane-500 ainsi que par huit hélicoptères S-55 et un Bell.

A 6,00 heures une section de Jaubert investit Mfisa pour arrêter le chef fell… Chou blanc…Dans le même temps, le reste du dispositif progresse pour effectuer le bouclage de la zone. Le groupement de Frain est rapidement au contact. Il signale d’un côté une trentaine de rebelles armés qui tentent une progression vers une position du II/24 ème régiment d’artillerie. La section la plus à droite de la 32ème compagnie est sérieusement touchée. La radio ne cesse de crépiter ; Le II/24 RA vient d’accrocher une bande de 40 à 50 hommes au nord de la côte.

Le Morane 500 annonce qu’il est touché. Ayant effectué un passage bas, un tir de FM l’a atteint au moteur. Il se pose sans trop de dégâts : un cylindre percé une durit d’essence crevée, tuyautages et tubulures endommagés, quelques petits trous mais l’équipage est indemne.

 Toute l’action se joue dans le secteur du djébel Zakri. Le terrain est accidenté, couvert d’arbres et, pour compliquer un peu plus les choses, les routes et pistes ne mènent jamais où on le désire… Les chars ne progressent qu’à grand peine.

Heureusement les spahis sont de bons pilotes et leurs tirs sont précis.

Vers 8h40, une section de Jaubert est héliportée sur la côte tandis qu’une autre de la 33ème compagnie est dépêchée en renfort de la 32ème qui ne parvient pas à déborder sa position. D’après la radio, ça bouge de partout ! les artilleurs ont terminé leur bouclage tandis que les spahis se portent au secours de la 33ème.

Les fusiliers marins à l’assaut…

A midi, Frain de la Gaulayrie diffuse ses ordres pour balayer toute résistance sur la côte 890 : une section de la 33ème va se mettre en appui sur la crête à l’ouest de la côte. Le II/24ème RA se tient en appui de feu au sud-ouest alors que les trois autres sections se mettent en ligne de manière à encercler la zone par le sud et le sud-est. La manœuvre n’échappe pas aux fells qui font mouvement vers le nord-est. Après quelques salves d’artillerie, la 33ème et le II/24 RA entrent dans la danse avec des tirs de neutralisation afin de couvrir l’assaut des trois sections de la 33ème . Les fusiliers marins ont à cœur de faire «  payer à ceux d’en face » la perte des copains. Ils foncent lâchant des rafales, nettoyant les verrous adverses à la grenade.

Un à un les nids de résistance sont submergés ; L’odeur de la poudre, la fumée, les cris…une sorte d’hystérie collective semblant annihiler toute notion de peur, fait que, sans s’en apercevoir, ces jeunes soldats, l’index crispé sur la détente, vont fouiller les buissons, chaque recoin de ce terrain pendant plus d’une heure. Il est 13h30, « Autorité » donne l’ordre de stopper momentanément ; Un hélicoptère se pose quelques instants pour ravitailler en munitions. Le nettoyage des ravins va pouvoir commencer…

Le bilan du Zakri :

61 rebelles tués et 3 blessés graves emportés par leurs camarades ; D’autres n’ont probablement pas été identifiés… 22 suspects sont fichés et arrêtés, 250 retenus ; Les armes récupérées : 2 FM, 23 fusils de guerre de diverses origines, 6 PM, deux fusils de chasse, 4 pistolets, des tas de munitions, des grenades et fait plus étonnant, des pains de plastic, du cortex, des détonateurs et des dispositifs de mise à feu.

Les pertes amies : 3 officiers, 3 officiers mariniers, 10 quartiers-maîtres et matelots ainsi qu’une dizaine de blessés… Pénible impression d’avoir payé très cher pour essuyer les plâtres si l’on peut dire ( CC Servent).

Et voilà une belle bataille qui sent la poudre, la fumée, la rage de vaincre, jeunes soldats sans peur et sans reproches l’index crispé sur la détente, ce qui est faux, il faut dire la queue de détente . Et c’est précisément dans ce nettoyage de ravins, au crépuscule, que l’encadrement

( Officiers-mariniers et QM fusiliers commandos) va subir les plus lourdes pertes.

La même opération vue et « vécue » par le QM2 Balisson Jean-Claude du commando Jaubert, présent sur les lieux, même jour, même heure.

 

 

 LE NIVELLE DU DJEBEL ZAKRI

1956 Nemours,

Branle-bas de combat, pas plus de 10 minutes pour s’équiper, apparemment ça urge.

On grimpe dans les camions, la routine, direction le terrain d’aviation de Nemours et embarquement dans les hélicos - Sikorski - une première, c’est surprenant, valorisant et inquiétant tout à la fois. Il doit y avoir du grabuge quelque part avec une concentration importante de HLL.

Le djebel défile sous les hélicos bruyants et poussifs, ils ne sont pas de la première jeunesse, un groupe pas plus avec armes sans bagages.

Une heure de vol, c’est long, un dernier coup d’oeil sur nos armes, pas de supputations bien que ne sachant rien sur la mission qui nous est confiée, nous gardons le silence, portes ouvertes, le bruit assourdissant du moteur et des pales couvrirait nos voix.

Dans ces moments d’attente forcée, il est faux de dire qu’il n’y a pas une montée en charge d’adrénaline canalisée par un esprit de groupe, par le désir de faire au mieux, d’être à la hauteur, non pas un héros mais un soldat et un commando.

L’hélico ne se pose pas, le terrain est trop accidenté, nous sautons, pas de casse, les chevilles sont rôdées.

Tout est calme alentours, néanmoins l’art du camouflage étant omniprésent, le moindre rocher, le plus petit buisson sont occupés à bon escient.

La première section est désignée pour reconnaître le terrain, toujours la première section, un brin de jalousie règne à Jaubert, la première est chouchoutée.....

Quelque 300 mètres de progression et c’est l’accrochage, une katiba bien planquée sur un mamelon rocheux prend à partie la section commandée par l’adjudant Darasse

. Ce valeureux guerrier haranguant sa troupe au mépris du danger est touché au ventre,une balle frappe la boucle de son ceinturon provoquant l’écrasement de l’ogive, ce qui commettra des dégâts irréparables, il mourra quelques jours plus tard à l’hôpital.

La section est clouée au sol par le tir intense et précis des HLL .

Des tirs d’artillerie pilonnent les Fells et la chasse mitraille le nid de résistance. Des renforts arrivent, la DBFM ( demi-brigade de fusiliers marins), nous sommes dans leur secteur, puis la légion étrangère qui vient fraterniser avec les autres sections de Jaubert à l’écart de la fusillade.

Bien entendu, Cdos marine et légionnaires attendent la fin du pilonnage pour monter à l’assaut et il nous paraît évident que ce seront les commandos marine qui ouvriront le bal.

C’était un bien mauvais calcul.

Il faut savoir pour les non-initiés que la DBFM était composée de marins appelés, encadrés par des engagés issus des Cdos marine et fusiliers marins engagés et que le pacha de la DBFM commandant le secteur fait sa guerre et veut sa victoire avec des médailles et de l’avancement. On l’appellera X pour ne pas salir la mémoire de l’homme valeureux qu’il fut en Indochine, mais en cet instant précis il a trahi la devise :

HONNEUR, PATRIE, VALEUR, DISCIPLINE.

Après plusieurs heures de matraquage intense et ininterrompu, quel beau tableau de chasse que tous ces Fells hors d’état de nuire, toutes ces armes récupérées, une belle photo en vérité.

Il se fait tard, la nuit ne va pas tarder à tomber, vite il faut en finir, une compagnie de la DBFM se déploie et monte à l’assaut du piton pentu. La fusillade se déchaîne, les rebelles bien abrités derrière d’énormes blocs de rochers n’ont guère souffert des obus des artilleurs et des roquettes des aviateurs. Sous un feu d’enfer, les fusiliers marins tombent comme des mouches et se débandent, un deuxième assaut avorte, la résistance est bien trop forte et ces jeunes soldats arrachés à leur foyer après quelques mois de classe vont mourir sur les pentes noyées de soleil du djebel Zakri.

Jaubert a assisté au massacre, nous pleurons de honte et de colère, les officiers de la légion sont écoeurés, le légionnaire reste calme, résigné mais méprisant.

La nuit tombe, il est hors de question d’envisager une autre attaque, il nous faut resserre le bouclage pour tenter d’intercepter la bande de HLL qui à la faveur d’une nuit noire passera au travers des mailles du filet.

· Bilan de l’opération : 16 morts chez les fusiliers marins.

· Morts pour la France

· Morts sur la terre d’Algérie

· Morts pour rien

· Morts par bêtise criminelle

Cet officier supérieur est devenu amiral, je présume, convaincu d’avoir fait son devoir de soldat, il dort certainement paisiblement.

J’allais oublier, autre bilan de cette opération :

· Trois belles dindes venues de je ne sais où, se pavanent à proximité d’une section de la légion. On entend le halètement des hélicos au loin, les légionnaires dans un mouvement tournant bien orchestré encerclent les dindes, mais ordre leur est donné de ne pas inquiéter ces charmants volatiles, et c’est avec assurance et sans vergogne que nous nous emparons du trio glougloutant de gallinacés.

Nous embarquons dans les hélicos sous les yeux stupéfaits et médusés de la légion. Contre mauvaise fortune, bon coeur, ils nous souhaitent bon appétit en plusieurs langues, on leur revaudra ça.

Quelques jours plus tard, le pacha me fait appeler et me passe un savon, il a reçu un courrier de mes parents qui s’inquiètent, leur fils n’a pas donné de ses nouvelles depuis deux mois et la presse a fait état du triste bilan de cette malheureuse opération, en occultant bien évidemment la vérité.

Chers parents, c’est grâce à l’immense mansuétude du commandant X que je lui dois d’être encore de ce monde et pour avoir épargné si généreusement la vie des commandos marine et des légionnaires, nous lui décernons, à titre exceptionnel la croix du déshonneur. Fermez le ban .

 

 Témoignages

Courrier envoyé le 19 11 2007 par Madame Michèle RICHARD une cousine de Didier GARDAIR :

Didier GARDAIR, né à Toulon le 11 Juillet 1932, a fait ses études secondaires au lycée Montaigne à Bordeaux ; Il est reçu à l’école navale en Octobre 1952. Après la croisière sur la Jeanne, il est enseigne de vaisseau et embarque sur le porte-avions Arromanches. Il est ensuite désigné pour la DBFM à Nemours le 9 Juillet 1959 ; Il s’était marié le 3 Août 1955 et avait appareillé de Toulon je jour de la naissance de sa fille, le 22 Mai 1956. Il ne fit sa connaissance que fin Juin, 15 jours avant son départ pour l’Algérie. Après un mois à Nemours il fut demandé au choix comme officier en second de la 24ème compagnie du 2ème bataillon par le commandant, le LV Farges qui l’avait connu et apprécié sur l’Arromanches. Il fut inhumé avec les honneurs militaires à Nemours le 30 Août . La cérémonie religieuse eut lieu le 6 Septembre 1956 à Saint Emilion où il est inhumé.

Sa femme s’est remariée avec un charmant garçon que je n’ai vu qu’une seule fois. Je sais qu’il a élevé la fille de Didier avec ses autres enfants. Je n’ai pas de photo de Didier.

Merci monsieur de votre compte-rendu sur cette opération, j’avoue que je n’imagine pas la réalité des faits. Je comprends que votre honnêteté et les souvenirs de la guerre vous incitent à chercher la réalité des faits, cependant cela ne changera rien et ne fera pas revivre les morts.

 

Mardi 18 12 2007 – Témoignage de Louis PEDRENO :

Navigant au long cours, à 20 ans et 15 jours je suis incorporé en tant qu’inscrit maritime à la base d’Hourtin ; Nous étions dans le bâtiment des inscrits maritimes, des gars qui avaient déjà quelques années d’expérience ( pour ma part : 6 ans).

Nous étions à 90% d’origines modestes et avons vécu à l’armée avec 12 francs et 16 paquets de troupe par mois. Les quelques autres qui se sont retrouvés avec nous étaient également dans la vie professionnelle. Je pense que cet état d’esprit du départ, de gens qui en avaient déjà bavé nous a permis d’être plus soudés pour passer ces graves moments que nous avons vécus.

Pour nous les longs courriers, le changement de vie fut de 0 à 180°, sur les bateaux nous avions le grand confort, surtout à l’époque ( air conditionné, douches à volonté, bibine, tabac, argent et pour nous les mécanos, bouffe raffinée ………

Après quelques jours passés à Hourtin nous avons su que nous serions dirigés vers l’Algérie, donc manœuvres dans et hors caserne, maniement d’armes, démontage et remontage à vue et les yeux bandés, tu vois la préparation pour des gars qui doivent partir au barouf et qui n’étaient pas venus pour ça ;

Je suis sorti premier de l’école de la marine marchande à Sète en tant que mécano et naviguait comme tel, quand il nous a fallu passer le BP, avec ou sans je connaissais ma destination, aussi j’ai fait l’idiot et je ne l’ai pas eu.

D’Hourtin, direction Toulon où nous embarquons sur le ‘Richelieu » qui effectuait son dernier voyage pour rejoindre Brest. Nous débarquons à Casablanca et sommes affectés à l’amirauté en tant que compagnie de protection, là le bourrage de crâne était plus important, nous allions jusqu’à faire des entraînements de tir à balles réelles en courant dans la cour, au fond de l’amirauté. Nous en sommes partis en train pour rejoindre Arzew au retour d’exil de Mohamed V, puis Nemours en L C M et immédiatement Béraoun.

Béraoun, juste le temps de se familiariser avec l’ambiance, tu sais quand tu montes de Nemours, Béraoun est à gauche de la route, juste en face il y avait un poste de Harkis, un peu plus en contrebas de ce poste un petit village. Suite à l’attaque du poste de Harkis, Béraoun a été vidé de tous ses habitants et le petit village massacré en représailles par la légion et autres, ce fut mon premier contact avec la mort.Au cours d’une patrouille nous avons traversé ce village, les cadavres en décomposition étaient restés sur place, et malgré le foulard sur le nez dans lequel on mettait des feuilles de menthe, c’était infect.

Quelques jours après nous nous sommes implantés sur le piton d’Azzouna ( trois mois) qu’il nous a fallu organiser , barbelés, tranchées, monter les tentes marabout avec les lits picot ; Nous n’avions pas d’eau, la bouffe sur une roulotte de campagne ou rations. Opérations et gardes en permanence étaient notre lot.

L’esprit était bon, nous avions 20 ans et nous nous sommes soudés devant l’adversité comme je te le dis plus haut, il est vrai que le bourrage de crâne que nous avions reçu u était certainement pour quelque chose. Personnellement je n’était plus le même, on tirait sur tout ce qui bougeait. A la  défense de nos deux principaux officiers, Ponchardier et Langlet, ils étaient avec nous en opération, Ponchardier souvent, Lamglet tout le temps.

Puis nous sommes partis un peu partout :

- Ferme Peret, là c’était la garde de jour et embuscades toutes les nuits

- Le palmier d’Abdelkader, Km 24 où se trouvait un poste d’artilleurs pour la frontière marocaine, là aussi embuscades toutes les nuits, les artilleurs étaient contents de nous avoir car eux n’avaient que des balles à blanc comme munitions. Nous, on ne regardait pas à la dépense, il nous arrivait même de chasser le pigeon au fusil ou au pistolet. Nous avons fait le djebel Amour avec la légion, quelques héliportages avec les bananes ou les sykorski , mais très peu : Marnia, la Gare ……..

Opération du djebel Zakri

Dans ce djebel nous y avions déjà fait plusieurs opérations avec l’aviation en soutien ;

Ce 29 08 1956, nous sommes partis en opération, nous les matelots n’étions pas au courant de la destination ni de l’importance des troupes engagées.

Avec la 24 ème compagnie, principalement la section dans laquelle j’étais tireur au FM nous ratissions le terrain, avec sur notre gauche la légion, tous les villages sur notre passage étaient minutieusement fouillés, maisons, silos à grain où certaines fois les fellous se cachaient, les meules de fion ou de paille tenues par des tresses et des cailloux étaient mises à feu. Quelques accrochages avaient déjà eu lieu, ma section avait fait un prisonnier, un fellous portant un sac à dos contenant des médicaments que nous n’avions pas, tels de forts stimulants . Il a été envoyé à l’arrière pour interrogatoires ; Ainsi une grande partie de la journée s’est passée entre accrochages, ratissages et crapahutages.

En milieu de l’après midi, nous surplombions l’oued du djebel Zakri, nous pouvions voir sur notre gauche une paire de blindés qui soi disant étaient aux spahis.

Nous étions dans ma section un petit groupe au milieu des autres et faisions très attention, comme une unité de combat.

Au bout d’un certain temps nous avons fait mouvement pour nous positionner sur la piste qui surplombe l’oued ( consignes d’attention redoublées), les blindés et la légion s’étaient retirés, nous n’étions que des fusiliers marins, (1) a légion il fut fait un grand encerclement, nous avons vu au fond de l’oued des fellous qui essayaient de filer, alors ça a commencé.

On nous demanda de descendre, au milieu des arbres on était groupé surtout la batterie de FM, il nous fallait faire attention car les voltigeurs eux, manoeuvraient plus rapidement que nous ; Dans une traversée de clairière nous avons été sulfatés par deux ou trois fellous qui nous ont tenu à terre un bon moment derrière de petits rochers et nous allumaient à chaque mouvements, une autre section les a pris à revers et les a délogés.

On pourrait raconter un tas d’anecdotes : celle du fellous ( il faut dire que dans cet oued ils étaient en grande partie terrés sous les arbustes) qui voyait le lieutenant et un QM jeune engagé dit à ce dernier : pousse-toi petit, ce n’est pas toi que je veux, le QM lui ,a alors vidé son chargeur dessus.

Ce fut le moment où arriva l’ordre de repli que nous avons tous fait avec crainte et doucement au cas où il y en aurait d’autres, ce qui est normal, nous venions de vivre des moments assez forts. Le retour fut assez triste, la fatigue et nous avions appris par « radio coursive » que 82 fellous avaient été mis hors de combat mais que nous avions laissé 22 des nôtres, pour la première fois j’ai eu cette pensée : descendre le fellous que nous ramenions.

Retour à Béraoun, nous n’étions pas de garde ce soir là, je pense que nous avons discuté très peu de notre journée, bu une bière ( celui qui en avait) et dormi dans notre mechta sur les lits picot. Par la suite nous avons continué nos patrouilles, embuscades et autres. Partis à la gare de Nédroma où quand même là nous étions plus tranquilles, nous ne faisions que la garde de la gare.

J’ai connu à Béraoun les commandos Jaubert, De Penfentenyo, Yatagan, également la salle de torture et la corvée de bois.

Ma période en Algérie n’a pas été des plus belles, nous avons déblayé le terrain, nos campements étaient très rustiques, il n’y avait pas de réfectoire, on se débrouillait, les chiottes étaient creusées dans la terre ( deux planches et un sac), l’ensemble fut une dure épopée que j’ai essayé d’occulter, les copains étaient vraiment des copains, j’en ai rencontré très peu, j’essaie maintenant de les retrouver, mais je crois que le temps est passé.

J’ai été cité à l’ordre du régiment, décoré de la croix de la valeur militaire avec étoile de bronze. La marine m’a envoyé la médaille et la citation, mais je n’ai jamais été décoré. Je n’ai porté que les barrettes lorsque je me suis retrouvé embarqué à mon retour d’Algérie sue le « Chevalier Paul », ce qui m’a permis une sorte de respect des autres membres de l’équipage et de certains officiers. Nous étions les premiers à revenir de là-bas.